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Les cercles pour la paix se répandent en Afrique grâce aux femmes.
26 novembre 2007
Riek Machar, Vice-président de l'Assemblée régionale du Sud Soudan, entouré de participantes à l'atelier des "Créatrices de Paix", Juba
Riek Machar, Vice-président de l'Assemblée régionale du Sud Soudan, entouré de participantes à l'atelier des "Créatrices de Paix", Juba (Photo: Molly Mayfield Barbee)
Riek Machar, Vice-Président de l’Assemblée régionale du Sud-Soudan, fut l’hôte d’honneur à l’ouverture de l’atelier de 5 jours organisé à Juba par des membres du programme "Créatrices de paix", inspiré par Initiatives et Changement. Cet atelier, qui eut lieu en octobre, était destiné à des membres de l’Assemblée régionale, l’Assemblée nationale à Karthoum et pour des activistes pour la paix et les problèmes sociaux.

Le processus du « Cercle de paix » inclut le témoignage des participants qui acceptent leur part dans la perpétuation des conflits et qui reconnaissent leur potentiel pour construire la paix. Ensemble ils examinent ce qui caractérise la paix et ce qui caractérise un faiseur de paix. Les ateliers préparèrent les participantes à animer des "Cercles pour la Paix" dans leurs propres villages et régions.

Jean Brown, une des animatrices des ateliers, nous écrit :

Au sud du continent, les femmes venaient de Soweto, Johannesbourg, le Cap et Harare ; à l’est, en Ouganda et au Kenya, les participantes étaient enseignantes et activistes sociales ; au Soudan, ce furent des membres du Parlement, des universitaires et des leaders d’ONG du nord et du sud du pays. Partout les réactions étaient instantanées et dynamiques.

« Je ne garderai pas le silence » dit une femme avec l’autorité de quelqu’un qui s’affirme pour la première fois. « Mon attitude négative face à la vie a changé. L’amertume disparaît quand on partage dans la confiance ». Ces mots d’une institutrice d’un village kenyan, faisait écho à des paroles prononcées par certaines des 60 femmes réunies dans deux ateliers au Soudan, où la paix est si fragile. Un atelier eut lieu à Juba, la capitale du Sud-Soudan et l’autre à Karthoum, la capitale du pays, au Nord. Une journaliste du Sud déclara : « Je considérais les gens du nord comme des « ennemis ». Quand mes sœurs du nord racontèrent leurs luttes, je me suis rendu compte que nous au sud n’étions pas les seuls à souffrir » .Une participante du nord répondit : « ce moment est unique – être avec mes sœurs du sud, avec un vrai contact. Nous devons faire connaissance, nous rendre visite. J’ai décidé de me voir telle que je suis vraiment. »

Angelina Teny, ministre d'Etat pour le pétrole et l'énergie, Soudan
Angelina Teny, ministre d'Etat pour le pétrole et l'énergie, Soudan (Photo: Molly Mayfield Barbee)
Nous étions invitées au Soudan, ce pays qui sort de décennies de guerre, par Angelina Teny, Ministre d’Etat à l’Assemblée nationale et vice ministre du Pétrole et de l’Energie. Elle annonce son objectif : « Je veux que les femmes puissent connaître le changement que j’ai vécu grâce aux Créatrices de Paix et Initiatives et Changement. » La frustration qui découle de la lenteur de la mise en application de "l’Accord de Paix global" peut affecter la paix et le partage du pouvoir au niveau gouvernemental, mais les individus s’activent, personnellement et collectivement.

Une représentante du nord affirma : « C’est le premier atelier qui s’adresse à moi en tant qu’être humain. Il y a beaucoup de choses que je n’oublierai pas. Le pardon n’est pas une faiblesse mais c'est une manifestation de force. »

Une représentante de l’Assemblée Nationale de Karthoum dit : "Quelle chance qu’un tel programme vienne à ce moment crucial. Bien que les fusils se soient tus, tant de choses agitent les gens, tant de dysfonctionnements. Les programmes pour la paix abondent, mais ils ne vont pas toujours assez profondément pour toucher les âmes des gens… Le désir de revanche nous transforme en monstre. Le pardon nous rend notre humanité."

A Juba, le Vice Président de l’Assemblée régionale du Sud Soudan, Riek Machar, fut présent à l’ouverture et à la clôture de l’atelier. Parlant à la télévision présente à la cérémonie de clôture il posa la question: "Nous exigeons que le gouvernement de Karthoum démarre le processus de réconciliation, mais qu'en est-il de nous-mêmes? Avons-nous accepté que nous devons nous réconcilier?"

Une ancienne vice gouverneur de la région du sud, qui avait juré de ne jamais retourner à Karthoum, surmonta son amertume et nous accompagna au nord pour y épauler le deuxième atelier. Après une absence de 18 ans, elle embrassa le sol de Karthoum à son arrivée. "Nous avons travaillé pour la paix mais pas pour le changement, dit-elle."

Femmes du Nord Soudan, lors de l'atelier des "Créatrices de paix"
Femmes du Nord Soudan, lors de l'atelier des "Créatrices de paix" (Photo: Jean Brown)
Partout le thème du pardon était d'une grande actualité. En tant qu'animatrices, nous étions bien conscientes que nous n'avions aucun droit d'exiger le pardon, conscientes de l'abîme de souffrances que nous entendions; de la violence domestique, les viols collectifs, l'abus des enfants, jusqu'à l'héritage de 50 ans de guerre au Soudan et l'angoisse provoquée par des conflits inter-tribaux et les expropriations. Quel privilège pour nous d'entendre ces histoires personnelles, et plus encore d'assister à une recherche honnête de pardon comme clé pour la guérison et la libération, et pour un combat sans haine pour la justice. Nous avons partagé les pleurs et avons été interpelées par des scènes de réconciliation et des démarches courageuses pour aller vers l'oppresseur.

"Le pardon est un espace que nous créons par notre propre volonté afin de communiquer avec les autres pour apporter la paix" dit une professeur du Darfour, activement engagée dans la société civile. Elle nous demanda de revenir afin de former des formatrices pour des femmes réfugiées à l'intérieur du pays, pour les sortir des camps et les ramener à une vie communautaire.

Une autre femme, chef d'un des partis politiques, demanda pardon publiquement, car elle était venue à l'atelier pour avoir du bon temps et échapper aux problèmes du bureau, et n'attendait pas grand-chose de cette formation. Elle présenta aussi des excuses pour sa supériorité et fit part de sa décision de pardonner à 5 personnes spécifiques. "Le moment n'aurait pas pu être mieux choisi pour votre visite au beau milieu de mon agitation".

Les participantes décrivirent comme "unique" la profondeur des partages, la focalisation sur le caractère des militants pour la paix, et l'attente d'une transformation personnelle ainsi que la prise de conscience d'une dimension spirituelle dans l'établissement de la paix.
Réconciliation entre le Nord et le Sud, lors d'un atelier des "Créatrices de paix" à Karthoum
Réconciliation entre le Nord et le Sud, lors d'un atelier des "Créatrices de paix" à Karthoum (Photo: Jean Brown)

Pour l'une d'entre elles, "C'est du jamais vu. Nous avons touché à des choses qui restent d'habitude cachées."

Commentaire d'une enseignante de l'université d'Afhad: "Ce fut un moment très productif. J'ai des compétences dans de nombreux domaines, mais on oublie l'aspect spirituel. Nous devons prendre en considération la transformation personnelle. Le film, l'Imam et le Pasteur, m'a beaucoup marquée. C'est une expérience que je vais nourrir, dans mon travail et mon bureau pour la paix. Je vais adopter cette approche du spirituel et du personnel. J'ai décidé de reconsidérer ces principes intérieurs…"

Beaucoup de femmes engagées dans le développement et l'éducation à la paix se sont remises en question. "Je dois restructurer mon travail pour la paix" annonça une participante qui, au Kenya, travaille dans une ONG qui s'occupe de milliers de femmes dans le développement agricole et la micro finance."Sans cette recherche intérieure, nous n'avons pas d'impact. C'est en nous que nous devons chercher si nous voulons pardonner et transformer." Pendant ces journées, elle téléphona à son père pour se réconcilier.

Le tribalisme sape constamment les progrès et l'harmonie au Kenya. Nous étions les hôtes d'une jeune femme dont la famille avait été expropriée durant les conflits tribaux. Son cheminement l'a conduite à prendre conscience qu'elle avait hérité d'attitudes négatives envers la tribu incriminée, attitudes qu'elle avait transmises à d'autres. Maintenant elle se sent responsable de construire des liens d'amitié avec cette tribu, de pardonner et de demander pardon d'avoir entretenu la haine. "Je croyais que les excuses étaient faciles", avoua-t-elle. "Mon orgueil est si grand, c'est si difficile" Mais elle le fait quand même.

Atelier en Afrique du Sud
Atelier en Afrique du Sud (Photo: Jean Brown)
Notre voyage a commencé en Afrique du Sud, dans un contexte d'insécurité omniprésente. Et pourtant là, comme ailleurs, nous avons été témoins d'extraordinaire audace, chaleur et énergie. Dans chaque pays, les ateliers étaient accueillis sans cynisme. Des Noires, des Blanches, des Métisses, des Musulmanes et des Chrétiennes, des Dinka ou des Nuer, des femmes du Darfour, engagées avec passion dans la construction de leur pays et l'établissement de la paix ouvrirent leur cœur et leur intelligence à des possibilités et une efficacité nouvelles.


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