Caux, terreau fertile de la paix a la veille du 60ème anniversaire des conferences de Caux, Cornelio Sommaruga, président de l’association internationale Initiatives et Changement, ancien président de la Croix Rouge Internationale, revient sur le caractère très particulier de ce lieu de paix.
Antoine Jaulmes s'entretient avec Cornelio Sommaruga, ancien président d'Initiatives et Changement
Qu’est-ce que Caux peut apporter aujourd’hui au monde ? Alors que l’ONU déploie une action ambitieuse avec les “objectifs du millénaire” et le “Global Compact”, quel est l’apport spécifique de Caux au changement du monde ?
L’ONU s’attaque aux grands problèmes du monde, malheureusement pas nécessairement avec succès. Elle s’adresse à la responsabilité des Etats. Malgré tous les efforts faits par l’ONU et par son secrétaire général Kofi Annan, la société civile ne fait pas vraiment partie de la dynamique onusienne : les Etats se méfient ! Caux, c’est justement le contraire : c’est la société civile qui se manifeste, c’est la responsabilité de l’individu qui est stimulée et confrontée aux grands problèmes du monde, d’autant plus que nous soutenons le fait que nous devons commencer par changer nous-mêmes. Ceux qui passent par Caux repartent comme des étincelles dans toutes les directions et transmettent la flamme à d’autres. Vous me direz que c’est bien peu de chose, une goutte dans l’océan...
Mais on peut travailler dans le silence et se manifester au bon moment pour influer patiemment sur la société.
Vous parlez, dans vos entretiens avec Massimo Lorenzi (Editions Favre, Lausanne 1998), du fait que votre présidence du Comité International de la Croix Rouge vous a changé en vous mettant jour après jour au contact de la souffrance humaine et de la méchanceté de l’être humain à l’égard des autres ; est-ce là un facteur qui vous a poussé à vous engager avec Initiatives et Changement ?
Ma mission au CICR m’a poussé vers la nécessité de faire plus pour prévenir la souffrance. J’ai trouvé un terrain fertile pour cela à Caux, mais aussi dans d’autres activités que j’ai entamées depuis cinq ans, comme les deux commissions de l’ONU dont j’ai été membre (Opérations de Paix et Responsabilité de protéger). Caux a le grand atout de pousser à la recherche de spiritualité individuelle ou collective, chose indispensable pour un travail de ce genre. En visitant Caux quand j’étais encore au CICR, j’ai découvert l’importance de la réconciliation personnelle comme clé pour un chemin de paix.
Quels ont été les temps forts de vos différents séjours à Caux ?
J’ai essayé de promouvoir deux concepts auxquels je tiens beaucoup : la sécurité humaine et la globalisation des responsabilités. Des moments forts ont été des rencontres entre groupes opposés du Sierra Leone, du Burundi, de la Tchétchénie, du Liban, de la Somalie, du Proche-Orient, et d’autres... La présentation de l’Initiative de Genève par ses protagonistes, c’est-à-dire de la négociation de la société civile pour un accord global entre Palestiniens et Israéliens, m’est également apparue particulièrement importante. Je citerais aussi la table ronde réalisée entre les responsables des forums de Davos et de Porto Alegre : une excellente discussion, sans remous et même avec un certain nombre de convergences. Pour moi, ce travail pour la réconciliation personnelle d’hommes et femmes de pays en guerre civile, reste l’essentiel de ce que Caux peut réaliser de positif pour le monde.
Plus spécifiquement, quels ont été les temps forts de l’été 2005?
L’été 2005 a été très positif. A noter le lancement du livre “People Building Peace” de Paul van Tongeren, avec toute une série de témoignages de personnes d’Initiatives et Changement et un texte sur l’histoire de la réconciliation à Caux. La rencontre “Un coeur et une âme pour l’Europe” a été particulièrement réussie, avec des interventions de tout premier ordre. Puis nous avons vécu une expérience nouvelle : un dialogue entre les générations avec la présence de familles entières et de beaucoup de participants de moins de dix-huit ans. Une conférence publique de Mario Soarès, sur l’éthique personnelle de l’homme politique, avait très bien lancé la saison. Les contributions de personnalités comme Tariq Ramadan, Carol Bellamy, Michael Ambühl, Bineta Diop et Hans Küng l’ont parfaitement complétée. Il est d’ailleurs intéressant qu’après Chiara Lubich, fondatrice des Focolari, en 2003, et Andrea Riccardi, fondateur de la Communauté de Sant’Egidio, en 2004, nous ayons eu en 2005 la participation du théologien Hans Küng, fondateur et promoteur du Mouvement pour l’éthique planétaire. Chaque rencontre a eu ses points forts, en raison notamment d’une participation très diversifiée et de forte qualité.
Tiré de Changer International 3 Automne 2005 - n° 318