ACTION FOR LIFE
Delphine à l'école de son rêve
Portrait of Delphine Morice

Il y a tant à dire sur Action for Life. J’insisterai aujourd’hui sur l’esprit de communauté qui a sous-tendu cette aventure. Nous étions donc une quarantaine de personnes, un groupe à la fois international, interreligieux et multiculturel, comptant vingt-six nationalités venues des cinq continents. Le plus jeune des participants avait vingt ans, l’aîné de ceux qui encadraient soixante-dix.

Pour faire d’un tel groupe une communauté vivante et apte à tenir neuf mois, il était essentiel de créer l’atmosphère dans laquelle chacun se sentirait à l’aise, inclus, soutenu moralement mais aussi capable d’apporter son soutien à autrui. Ensemble nous avons réfléchi aux comportements nécessaires pour installer et maintenir cette atmosphère : sensibilité aux besoins des autres, disposition à partager les siens, pratique de l’écoute et du respect mutuels, de l’honnêteté et de la simplicité absolues. Le respect de ces règles a aussi permis à une confiance totale de s’installer entre nous. D’octobre à décembre 2005, nous avons été basés au centre de Panchgani, en Inde. Nous avons pu faire connaissance les uns des autres en profondeur, notamment à la faveur de soirées où, tour à tour, chacun était invité à raconter les temps forts de sa vie, les moments-clés, les coups durs, les événements qui l’ont influencé, bref tout ce qu’il estimait utile de faire connaître à ceux qui allaient partager sa vie neuf mois durant. Cela a construit une grande complicité entre nous, renforcée par nos appartenances respectives à des « familles » de dix, qui se réunissaient chaque lundi en soirée.

Le lundi était en effet un jour particulier dans la vie du groupe. D’abord on faisait diète, avec juste un repas de fruits à midi. C’était aussi une journée de silence où la parole était proscrite de 9h30 le matin à 17 heures le soir : un moment de prédilection pour la réflexion intérieure et la prise d’initiative personnelle (comme écrire une lettre d’excuses). A 17h, nous nous retrouvions donc par famille pour un temps de partage où l’on s’ouvrait sur des décisions prises ou des conflits intérieurs, où l’on échangeait des idées, l’on pouvait demander de l’aide ou apporter son soutien. On pouvait aussi bien rire que pleurer, être sérieux ou s’amuser, tout comme dans une vraie famille.

Outre ces rencontres organisées, il y avait les échanges spontanés au moment des repas, autour d’une guitare, durant une promenade, à l’occasion d’un match de foot ou de ping-pong… une multitude d’opportunités à saisir pour renforcer les liens entre nous.

La règle de « simplicité absolue » a joué un grand rôle pour faire face au défi constant que représente la vie en communauté. Un comportement usuel dans une culture peut s’avérer offensant dans une autre. D’autre part, l’anglais n’étant pas la langue maternelle de tous les participants, les nuances du vocabulaire n’étaient pas toujours maîtrisées. Alors la simplicité absolue cela voulait dire: oser aller vers l’autre et lui dire calmement non ce que je pensais mais ce que j’avais ressenti du fait de son comportement ou de ses paroles ; demander au plus vite une clarification de vocabulaire pour découvrir que le mot employé admettait un autre sens que celui que je lui connaissais. A moins qu’il ne se soit agi simplement de préserver son espace personnel en osant dire « Reviens plus tard, ce n’est pas le bon moment ».

Mi-janvier, j’ai quitté le programme « Action for Life » pour l’Australie, où j’ai participé jusqu’en mars à une autre formation, le « Life Matters Course » (Ma vie compte), dans un groupe international d’une vingtaine de jeunes. Ce stage, qui aide à réfléchir au sens que l’on veut donner à sa vie et offre une formation à la prise de responsabilité, a été une étape intermédiaire importante pour moi, avant de rentrer en France. Forte de mon expérience précédente, j’ai trouvé facile de m’intégrer dans ce groupe et j’ai communiqué facilement avec les Asiatiques. Ce qui a compté car, au début de mon séjour en Inde, j’avais peine, en effet, à me rapprocher de mes compagnons vietnamiens, cambodgiens ou coréens. Ils me semblaient distants. Par la suite j’avais pris conscience du fait que j’étais simplement déroutée parce qu’ils ne laissaient pas transparaître leurs émotions sur leurs visages. Sur un autre registre, au cours d’Action for Life, j’avais pris conscience de ma jalousie vis-à-vis de ma jeune soeur de seize ans. Lors d’un atelier de calligraphie, en Australie, je me suis fait complimenter par notre professeur. J’ai alors pensé : « Ma soeur ne pourrait pas en faire autant. » Avant, je n’étais pas consciente de telles pensées et ne pouvais donc lutter contre elles. A la faveur d’une journée de silence, je lui ai écrit lui demandant pardon pour cette jalousie. Je me suis aussi engagée par écrit à agir d’une manière qui lui montre que je l’aime et lui ai demandé de me rappeler cette lettre si jamais je faisais défaut à ma promesse. Depuis que je suis rentrée en France, une nouvelle relation se construit entre elle et moi. »

Delphine Morice