ACTION FOR LIFE
Action for Life : l’expérience pour toute une vie

A l’origine de ce programme, la vision d’un homme, Ren-Jou Liu, éducateur taïwanais. Son rêve : susciter une nouvelle génération d’hommes et de femmes intègres, animés par des valeurs spirituelles fortes, réconciliés avec leur histoire personnelle et engagés à oeuvrer pour un développement juste et durable, en Asie et dans le reste du monde.

Le programme s’adresse à des jeunes adultes, qui ont une vingtaine ou une trentaine d’années et adhèrent à la démarche de changer soi-même pour que le monde change. Ils doivent être disposés à vivre en communauté, dans un esprit selon lequel chacun est prêt à apprendre des autres et à donner de lui-même. L’encadrement est assuré par des personnes de générations différentes.

Alcool, tabac et flirt ne font pas partie du voyage. Sur cette base, on a tôt fait de découvrir, selon les mots du poète soufi Rumi, que les petits sacrifices personnels se transforment en or pour la vie du groupe. Des amitiés profondes et impartiales se forment alors que les participants apprennent à entrer dans la vie les uns des autres et, par ricochet, découvrent mutuellement leurs pays d’origine. La base de départ est Asia Plateau, centre indien d’Initiatives et Changement à Panchgani, situé dans les monts du Maharastra. « Action For Life III » s’est déroulé exclusivement en Inde, avec des séjours en groupes séparés dans différentes parties du sous-continent. En phase finale, tous les groupes ont regagné Panchgani pour un temps d’évaluation, avant que certains participants se rendent en juillet à la Conférence des Jeunes d’Asie et du Pacifique en Indonésie et d’autres partent apporter leur appui aux rencontres d’été à Caux en Suisse.

A l’épreuve de nos différences

Imaginez-vous rentrant d’une pareille aventure, ayant vécu neuf mois au quotidien avec des hindous de l’Inde, des bouddhistes du Cambodge, des musulmans du Cachemire, des chrétiens de pays occidentaux, sans oublier d’authentiques chercheurs de vérité sans attaches religieuses mais de cultures différentes, et vous aurez un premier élément de réponse à la question : quelle formation donne le programme AFL? De surcroît, raconte une participante, « c’est une chose de suivre des formations théoriques à la résolution des conflits, mais la notion de réconciliation prend une autre intensité quand il faut la vivre avec des compagnons de vie très différents, accablés par la chaleur, assaillis par les moustiques, affaiblis par des troubles intestinaux ou tout simplement recrus de fatigue du fait d’un emploi du temps exigeant. »

AfL3 visiting a school in Panchgani, India.

Par ailleurs, en prévision de multiples visites dans des écoles, des universités et toutes sortes d’institutions, les participants sont formés à l’expression orale en public et à la présentation de leur message par la voie artistique : chant, danse, théâtre. Des ateliers stimulent également leur réflexion sur des questions diverses telles que : les valeurs morales relèvent-elles d’un simple choix de vie personnel ou sont-elles un enjeu de survie dans le monde actuel ? Ou encore : des expériences faites dans notre enfance peuvent-elles façonner notre comportement d’adulte ?

Mais au coeur de ce riche processus, il est un apprentissage primordial : l’écoute quotidienne de sa voix intérieure. « En entendant les témoignages de changement et de restitution d’autres participants, raconte une jeune professionnelle australienne, une petite voix en moi a commencé à me poser des questions gênantes : étais-je d’une honnêteté parfaite à mon travail ? Et ces déjeuners interminables débordant sur le temps de travail, et ces appels personnels passés sur le téléphone de la société ? J’ai fini par me voir telle que j’étais, j’ai écrit une lettre d’excuses à mes employeurs, joignant un chèque en remboursement des heures payées mais non travaillées. L’écoute de notre voix intérieure est indiscutablement l’outil le plus important que nous remportons. Ceux qui lui obéissent s’imposeront comme des responsables où qu’ils aillent.»

Un jeune Vietnamien, qui a participé à une session précédente d’Action For Life, anime aujourd’hui des dialogues entre ses compatriotes et des Cambodgiens, pour tâcher de surmonter des haines ancestrales entre les deux pays. Un Ghanéen a renoncé à sa carrière professionnelle pour former

Portrait taken by Hexham Courant newspaper

des jeunes dirigeants intègres dans son pays. Une ancienne participante libanaise se consacre aujourd’hui au rapprochement entre les différentes communautés religieuses au Proche-Orient. Parmi bien d’autres, ils sont des preuves vivantes que ce programme porte ses fruits.

Nathalie Chavanne d’après l’article de Laura Trevelyan paru dans For A Change