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Comment ça marche ?
Paix & confiance
Démocratie & Etat de droit
Pour une économie plus humaine
Formation & renforcement des capacités
Comment ça marche ?
« Changer soi-même pour que le monde change », devise d’Initiatives et Changement (I&C), résume bien la démarche de l’association. Suscitées par un changement individuel, ses initiatives visent à la résolution des conflits et à la guérison des blessures du passé, avec parfois un impact notable sur des problèmes majeurs.
A l’origine de ces initiatives ou programmes se trouve souvent une poignée de personnes, voire un seul individu, motivés par la volonté de réparer une injustice ou de résoudre un problème. Parfois, ils décident simplement de suivre ce que leur dicte leur conscience ou leur « voix intérieure », selon la formule de Gandhi.
Par exemple, dans le nord du Nigeria, deux responsables de milices – un imam musulman et un pasteur chrétien – impliqués dans les violences ethniques et religieuses qui ont coûté des milliers de vie au début des années quatre-vingt-dix, ont finalement opté pour la réconciliation. Confrontés à leur haine respective, mais aussi renvoyés aux principes d’amour et de pardon présents au coeur même de leur foi, ils ont décidé d’oeuvrer ensemble à la paix et à la guérison des blessures entre leurs communautés. A l’occasion de leur intervention à Caux, le centre de rencontres internationales d’I&C en Suisse, FLTfilms, maison de production d’I&C basée à Londres, a réalisé un documentaire à partir de leur histoire. Intitulé L’imam et le pasteur et lancé aux Nations Unies à New York, le film, qui a par la suite été traduit en de nombreuses langues, contient un message très fort : la guérison des blessures du passé et la construction de relations de confiance sont capitales. L’imam Ashafa et le pasteur Wuye ont été invités à présenter leur film dans des pays aussi différents que l’Australie, le Liban et le Kenya ou dans des communautés divisées par des tensions interethniques. La version arabe est désormais largement diffusée au Moyen-Orient suite à l’avant-première du film au Liban.
De telles initiatives, dont vous trouverez les échos dans ce rapport annuel d’I&C, vont « de l’intime au global », selon l’expression du philosophe français Gabriel Marcel. Elles illustrent bien la validité du principe « penser globalement, agir localement ».
Dans les centres internationaux comme Caux en Suisse et Panchgani en Inde, des partenariats sont mis en place pour apporter le soutien de l’association là où il est le plus nécessaire. Ce travail à la base vise à avoir un impact sur certaines des situations les plus critiques du monde contemporain.
Paix & confiance
L’approche prônée par I&C en matière de paix et de réconciliation se caractérise par la recherche de l’intégrité personnelle et la prise en compte des dimensions religieuses et spirituelles.
Aux Iles Salomon, 28 ex-combattants impliqués dans les événements sanglants des années 1998-2003, ont participé en juin 2008 à une formation sur la paix et la construction de liens intercommunautaires, avec le soutien du ministère de la Réconciliation. Prenant conscience qu’ils étaient à la fois victimes et agresseurs, ils ont décidé d’agir au sein de leurs communautés et de s’associer au processus de réconciliation dans le pays. Les choses se sont accélérées avec la visite de l’archevêque Desmond Tutu à Honiara, capitale des Salomon, pour le lancement de la Commission Vérité et Réconciliation. Suite à son intervention dans le cadre d’une conférence organisée par I&C, le fondateur d’une des milices a déclaré qu’il était : « un homme nouveau prêt à pardonner » à ceux qui ont tué son père. Quelques jours plus tard, des ex-combattants ont rencontré des victimes lors d’une série d’ateliers proposés par I&C. 6 membres de milices précédemment opposées ont posé main dans la main pour le quotidien national en s’engageant à oeuvrer ensemble à une paix durable.
Les violences tribales qui ont eu lieu après les élections de 2008 au Kenya ont conduit à plus de mille morts et 600 000 déplacés. L’équipe locale d’I&C a proposé différentes initiatives pour remédier à la situation. Le programme Cercles de Paix a organisé des ateliers pour réunir des femmes. De jeunes Kikuyus se sont rendu dans une région où de nombreux membres de leur tribu avaient été tués par des Kalenjins. Ils y ont lancé leur campagne Kenya I Care (Kenya, je m’occupe de toi) pour combattre la corruption et le tribalisme. I&C Kenya a également soutenu l’action de deux artisans de paix nigérians, l’imam Muhammad Ashafa et le pasteur James Wuye, invités par le Centre des droits de l’homme et de la démocratie (Eldoret) pour aider à la réconciliation entre les communautés divisées de la Burnt Forest. Cette initiative, suivie par FLTfilms, a atteint son apogée avec l’organisation d’une marche pour la paix qui a parcouru les villages où prévalaient des dissensions ethniques et l’ouverture d’un « Livre du pardon » permettant à ceux qui avaient participé aux violences de confesser leurs erreurs.
D’octobre à décembre 2008, en Sierra Leone, des députés et les principaux chefs tribaux ont cherché à résoudre les divisions politiques qui ont ensanglanté leur pays lors d’une série de dialogues régionaux avec le soutien du PNUD. Ils ont abordé les questions d’identité, de résolution de conflits, de corruption et des implications du changement individuel de comportement.I&C International a continué à soutenir le processus de paix au Burundi avec l’aide et le financement du gouvernement suisse.
L’imam Mumammad Ashafa et le pasteur James Wuye ont poursuivi leur mission de réconciliation en s’appuyant sur le documentaire L’imam et le pasteur. En mars 2009 à Beyrouth, 650 Libanais, dont des leaders politiques et religieux, les ont rencontrés à l’occasion du lancement de la version arabe du film.
Préfacé par le dalaï-lama, l’ouvrage No Enemy to Conquer (Aucun ennemi à conquérir) (Baylor University Press, 2009) , de Michael Henderson, auteur proche d’I&C, présente des expériences réalisées dans le domaine de la construction de relations de confiance dans le monde entier.
Démocratie & Etat de droit
Le racisme, la corruption, les familles éclatées, le matérialisme incontrôlé peuvent sembler si enracinés dans notre société que l’individu a le sentiment ne peut pas pouvoir faire la différence. Pourtant, en rassemblant des personnes dans le cadre de conversations franches, les programmes d’I&C proposent des outils concrets pour s’attaquer à ces questions.
Au Ghana, I&C, avec le soutien de l’Eglise méthodiste et de l’Association des journalistes ghanéens a ainsi mené une « Campagne pour des élections sans fraude » avant les élections de décembre. 80 000 exemplaires d’un livret pédagogique ont été distribués par les Eglises, accompagnés d’un formulaire invitant les électeurs à s’engager à agir avec intégrité et à éviter la violence. Le livret expliquait ce qu’on pouvait attendre d’un bon leader et mettait en garde contre la corruption. Des programmes radiophoniques, un dialogue entre des jeunes chrétiens et musulmans
et une marche pour la paix ont également eu lieu.
En France, plus de 1 500 élèves ont suivi le programme Education à la paix d’I&C au cours de l’année scolaire 2008-2009 et acquis des outils pour résoudre les conflits sans violence.
Depuis 1993, le programme Foundations for Freedom (Fondations pour la liberté), basé en Ukraine, propose des formations pour aider les jeunes leaders à contribuer au changement des sociétés auxquelles ils appartiennent par la diffusion de valeurs éthiques et morales, notamment en matière de prise de décision. Douze ateliers ont eu lieu pendant l’année, suscitant de nouvelles initiatives comme un programme de développement du leadership pour des étudiants en Moldavie, y compris dans la région séparatiste de la Transnistrie.
Aux USA, le programme d’I&C Hope in the Cities (Espoir pour nos villes) a noué un partenariat avec l’American Civil War Center à Richmond afin de permettre aux étudiants d’en savoir plus sur la Guerre de Sécession et d’explorer son impact jusqu’à aujourd’hui.
Au Royaume-Uni en juin, I&C a établi un accord avec l’Université Liverpool Hope afin de permettre l’intervention d’artisans de paix du Liban, du Cachemire, de l’Etat du Nagaland en Inde et du Nigeria lors d’un congrès mondial de la jeunesse qui a réuni plus de 600 jeunes de 55 pays.
Pour une économie plus humaine
Depuis les débuts d’I&C, des acteurs venus de tous les secteurs de la vie économique – ouvriers, cadres, agriculteurs et financiers – oeuvrent ensemble à répondre aux besoins de l’humanité. Dépassant les intérêts particuliers individuels ou de groupe, ils ont su travailler en équipe de manière créative.
En juillet, le premier Forum de Caux pour la sécurité humaine s’est tenu à Caux, en Suisse, avec le soutien financier du gouvernement helvétique. Il a rassemblé près de 300 artisans de paix, militants de la protection de l’environnement, représentants des gouvernements et des organisations travaillant sur le terrain venus de plus de 50 pays. Alors que la sécurité reste traditionnellement cantonnée à une conception centrée sur les conflits internationaux, ce forum visait à faire avancer la réflexion. Avec une approche plus holistique, la question de la sécurité humaine a été abordée sous différents angles : changement climatique et dégradation de l’environnement, conditions sociales et économiques, conflits armés, bonne gouvernance et Etat de droit. Suite à cette rencontre, des réseaux ont été créés pour s’attaquer à ces questions complexes.
La semaine précédente avait également lieu à Caux une rencontre sur le thème : « Confiance et intégrité dans une économie mondialisée ». Raymond Baker, militant américain anti-corruption, a émis plusieurs propositions pour remédier aux lacunes de la législation qui permettent la circulation chaque année de 500 à 800 milliards de dollars d’argent sale venus des pays pauvres. Au même moment, se tenait une rencontre de hauts dirigeants d’entreprise. Pressentant la crise financière mondiale qui se profilait, ces derniers ont appelé à des mesures visant à restaurer la confiance, notamment la transparence des comptes et la fin des salaires excessifs attribués aux hauts dirigeants.
En octobre, une conférence sur l’alimentation a réuni à Bologne en Italie des agriculteurs, des consommateurs et des scientifiques venus de 11 pays. Elle était organisée par I&C en partenariat avec Pace Adesso et le CEFA (Comité Européen pour la Formation et l’Agriculture). Les participants ont qualifié le système alimentaire
mondial de « pourri » puisqu’il engendre d’un côté des surplus et de l’autre la famine. D’autre part, il a été signalé que l’accès à une nourriture adéquate et saine était une question de morale. Cette conférence se tenait dans le cadre du programme Dialogue entre agriculteurs qui depuis les années quatre-vingt-dix vise à créer des liens de solidarité entre des agriculteurs qui partagent la même vocation à nourrir le monde. En décembre, un autre dialogue a eu lieu au Kenya sur le thème « paix et réconciliation ».
En Inde, à Asia Plateau, le centre d’I&C à Panchgani, une série de conférences ont été organisées sur le thème de l’éthique dans la gouvernance publique. Destinées aux hauts fonctionnaires de l’administration indienne, elles ont mené au développement de mesures concrètes pour lutter contre la corruption. Ainsi, l’un de ces hauts fonctionnaires, responsable de plusieurs centaines de villages, a dépassé sa peur d’être assassiné et mis 5 responsables locaux corrompus derrière les barreaux. Un autre, après avoir lui-même vécu une expérience de changement personnel qui l’a conduit à développer des relations plus transparentes, a décidé que ses 40 000 employés devraient suivre les programmes d’I&C.
Formation & renforcement des capacités
Faire changer les choses implique des personnes animées d’une passion pour une cause, capables de continuer à avancer même si cela semble impossible et dotées de qualités morales qui sachent inspirer les autres à donner le meilleur de soi-même. Les formations proposées par I&C visent à développer ces qualités pour un leadership visionnaire, inclusif et humble.
La quatrième édition du programme Action for Life a mené 32 personnes issues de 16 pays dans un voyage de sept mois à travers l’Asie. Débutant par une formation intensive d’un mois à Asia Plateau, dans le centre d’I&C à Panchgani en Inde en
octobre, le programme s’est poursuivi par des rencontres avec des artisans de changement dans divers secteurs qui ont partagé leurs propres expériences de transformation et nourri le groupe intergénérationnel dans l’esprit de la devise de Gandhi : « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde. »
En Afrique du Sud, 19 participants venus de 7 pays africains ont pris part en septembre et en octobre à un « Harambee » (‘oeuvrer ensemble à un but commun’ en swahili). Après une formation initiale, le groupe a voyagé pendant 6 semaines pour « diffuser nos témoignages de changement et d’espoir pour ce grand continent qu’est l’Afrique ».
A Melbourne, Australie, la dix-huitième formation Life Matters a permis à 19 participants venus d’Australie et de la région Asie Pacifique de réfléchir sur ce qu’ils souhaitaient faire de leur vie.
Parmi les nombreuses formations proposées à Asia Plateau, un programme a réuni en mars 108 Tibétains à l’initiative de l’ONG Empowering the Vision, basée à Delhi. Samdhong Rinpoche, administrateur en chef du gouvernement tibétain en exil, les a mis au défi de vivre en conformité avec leur tradition à un moment où celle-ci semble être menacée par la modernité.




