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Colombie : une opportunité pour la paix

Mardi, 6. septembre 2016

Maria del CorralNi les Colombiens de ma génération, ni ceux de la génération de mes parents n’ont connu la paix dans notre pays. Notre histoire est marquée par des guerres civiles sans fin et des bains de sang.

Notre pays est vaste, deux fois la dimension de la France ; une terre riche, traversée du sud au nord par trois systèmes montagneux que nous appelons « cordilleras », avec une grande partie de la forêt amazonienne dans le sud-est, de vastes plaines à l’est et de longues zones côtières sur l’océan pacifique et l’océan atlantique.

L’histoire de notre pays se caractérise également depuis l’époque coloniale espagnole par de hauts niveaux de centralisation du pouvoir et par l’inégalité sociale, avec une grande différence en matière d’opportunités entre les villes et les zones rurales.

Les Forces armées révolutionnaires de Colombie, ou l’armée du peuple, également appelées les FARC-EP, commencèrent leur lutte violente en 1953 à la suite d’un conflit entre les conservateurs de droite et les libéraux de gauche. Dans les années 1960, une armée contre-révolutionnaire fut formée, désignée sous le nom de mouvement paramilitaire, afin de défendre les riches propriétaires terriens contre l’extorsion et les menaces des guérillas. Le mouvement paramilitaire s’allia rapidement aux trafiquants de drogue et barons de la drogue à des fins financières. Les FARC révolutionnaires suivirent ce chemin afin de maintenir une viabilité financière.  

En septembre 2012, notre président récemment réélu, Juan Manuel Santos, réussit à inviter les leaders de la guérilla à des négociations de paix. La voie avait été préparée par son prédécesseur au gouvernement, Alvaro Uribe, qui avait déclaré une guerre ouverte aux FARC afin de les anéantir tout en leur tendant la main en acceptant de tenir des discussions à condition que celles-ci mettent fin à leurs activités criminelles et rendent les armes. Les opposants d’Uribe ont révélé l’alliance étroite des forces armées officielles avec le mouvement paramilitaire de droite pendant les gouvernements successifs d’Uribe.

Après quatre années de négociations de paix et beaucoup de critiques de chaque côté, les négociateurs officiels et les leaders des FARC ont finalement pu atteindre un accord détaillé qui permettra aux FARC d’abandonner leur lutte armée et de devenir un parti politique. Une consultation démocratique doit cependant avoir lieu en octobre prochain pour légaliser l’accord.  

Le chemin à venir est incertain, même si l’accord de paix est soutenu par une majorité d’électeurs, car cela implique un changement total des pratiques politiques de la part du gouvernement actuel, y compris les lois et les pratiques foncières, le droit pour un parti communiste officiel de prendre part aux débats politiques et aux élections, la réintégration dans la société de milliers de combattants qui n’ont pas de compétences spécifiques clairement définies autres que celles associées à la vie d’un combattant de guérilla, et un appareil de justice transitionnelle pour rendre justice aux milliers de victimes qui réclament une compensation pour leurs pertes humaines et matérielles.

Plusieurs tentatives de paix ont été signées et mises en œuvre avec les FARC en Colombie dans le passé. Cependant, ce qui rend cet accord spécial et peut-être plein d’espoir, c’est qu’aucune des précédentes tentatives n’impliquait une telle analyse longue et détaillée ni un tel débat politique et social, ni incluait un tel niveau d’influence d’invités internationaux de pays confrontés à des conflits armés et à des accords de paix semblables, tels que l’Irlande et l’Afrique du Sud, ainsi que l’intervention des Nations Unies à la fois pendant les négociations et pendant la période post-conflit et de désarmement.

C’est peut-être l’opportunité historique la plus importante à laquelle nombre d’entre nous Colombiens en vie aujourd’hui ont jamais été confrontés. Quoi qu’il arrive tout au long du chemin très risqué que nous suivons maintenant, le fait même que ces conversations aient eu lieu, abordant les vraies questions qui préoccupent la plupart des Colombiens, et en particulier la grande majorité de ceux qui sont marginalisés, constitue déjà un énorme pas en avant vers la création de la nation prospère et en paix que notre cher pays pourrait devenir.

Tout au long de ce chemin dangereux qui nous attend, les valeurs d’I&C sont nos outils les plus importants, car notre pays a besoin de pardonner, de se centrer sur la connexion intérieure et la sagesse qui en est dérivée, et d’être guidé chaque jour par des normes absolues.

Maria del Corral est née à Bogota, en Colombie. Elle a étudié l’agriculture à l’Université de Reading au Royaume-Uni. Citadine et fille d’un intellectuel plutôt excentrique, son intérêt pour l’agriculture est né de la combinaison de son amour pour la nature et de sa profonde préoccupation pour la structure sociale extrêmement déchirée de la Colombie.

Maria fait actuellement partie d’une équipe d’I&C à Bogota, présentant des ateliers sur une diversité de sujets chaque mois, et participant également à d’autres initiatives associées à la reconstruction de la structure de la société colombienne dévastée par plus de 50 ans de guérilla interne.

NB : Des individus de toutes cultures, nationalités, religions et croyances sont impliqués et actifs avec Initiatives et Changement. Ce texte représente le point de vue de l’auteur, pas nécessairement de toute l’organisation Initiatives et Changement.

Traduction par Marie-Louise Bautista