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Dialogue sur les risques des produits chimiques perturbateurs du système endocrinien

Vendredi, 13. novembre 2015
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Dialogue sur les risques des produits chimiques perturbateurs du système endocrinien

Dans la semaine précédant la Journée mondiale de l’alimentation du 16 octobre, Initiatives et Changement (I&C) Pays-Bas a organisé une série d’évènements et de réunions sur le thème de la sécurité alimentaire, abordant les dilemmes moraux liés à l’alimentation, les substances dangereuses et les médicaments génériques. Ce rapport résume la discussion sur les substances dangereuses. Vous pouvez également lire le rapport général de la semaine « Qu’est-ce qui se cache derrière les produits de tous les jours » (What is hidden behind everyday products).

Lorsque vous touchez votre ticket de caisse, réchauffez votre repas du soir dans une boîte en plastique au four à micro-ondes, ou appliquez de la crème solaire sur votre corps, vous êtes exposés à des substances appelées perturbateurs endocriniens chimiques. En perturbant le système endocrinien, ces produits chimiques sont la cause de nombreux problèmes de santé, tels que les problèmes en matière de reproduction, les cancers endocriniens, l’obésité et le diabète.  

L’augmentation des maladies hormonales dans bon nombre de sociétés et le nombre croissant de preuves scientifiques sur les risques liés aux perturbateurs endocriniens nous obligent à remettre en question l’utilisation généralisée de ces substances. Elles sont utilisées dans les pesticides, les emballages, les cosmétiques, les produits d’hygiène personnelle et les produits électroniques. L’Organisation mondiale de la santé les a même décrits comme « une menace mondiale » dans leur rapport 2012 sur ce sujet. 

Mais la législation européenne qui devrait réguler l’utilisation des perturbateurs endocriniens et minimiser les risques pour la société avance à petits pas. La Commission européenne se trouve toujours dans la phase de formulation des critères spécifiques définissant quand une substance peut être considérée comme perturbateur endocrinien. Parallèlement, de nombreuses personnes ne sont pas conscientes de l’existence de ces produits chimiques et des risques qu’ils posent.

Quelles mesures peuvent alors être prises ? C’était l’un des sujets de la semaine précédant la Journée mondiale de l’alimentation du 16 octobre, au cours de laquelle Initiatives et Changement Pays-Bas a organisé une série d’activités sur le thème de la sécurité alimentaire, abordant les dilemmes moraux liés à l’alimentation.

I&C, n’étant pas expert en la matière, a rassemblé des experts afin que ceux-ci puissent échanger leurs connaissances et leur expérience, et encourager une action spécifique sous la bannière de son programme Confiance et intégrité dans une économie mondialisée (TIGE). Lors de plusieurs réunions fermées, les représentants de différentes organisations se sont rencontrés pour échanger leurs points de vue sur les substances dangereuses et discuter des options possibles pour faire face à ce défi.

Au cours de cette semaine, les participants en sont notamment arrivés à la conclusion qu’en plus des processus politique et législatif, un des outils les plus importants pour aider à éliminer progressivement les substances dangereuses est une prise de conscience publique, ainsi que les mesures prises pour le bien-être des consommateurs. Une recherche plus approfondie est également nécessaire pour identifier les substances qui nous préoccupent et en apprendre plus sur les effets des perturbateurs endocriniens, en particulier les effets à long terme et les effets de l’exposition simultanée à différentes substances.

Sécurité Illusoire

Un système endocrinien fonctionnant correctement est essentiel pour la santé humaine. C’est, au même titre que le système nerveux, un système fournissant des informations et des signaux important pour le corps. Le système endocrinien régule l’émission d’hormones qui sont vitales pour certaines fonctions, telles que le métabolisme, la croissance et le développement, le sommeil, l’humeur et la reproduction. Les perturbateurs endocriniens interfèrent dans le bon fonctionnement de ce système, causant des problèmes pour la santé humaine, mais également pour les animaux sauvages.

D’après l’OMS, il y a près de 800 composants chimiques suspectés d’impacter négativement notre système endocrinien. Bien que peu d’entre eux aient été testés dans ce cadre, la plupart sont utilisés dans des produits de notre quotidien. « Les consommateurs ont souvent une idée erronée de la sécurité », explique Tatiana Santos, chimiste et chargée de mission au Bureau Européen de l’Environnement (European Environmental Bureau), lors d’une réunion. « Les gens pense que tout ce qu’ils achètent a été testé et certifié comme étant sûr, mais ce n’est pas le cas. Il est donc très important d’informer les consommateurs au sujet des perturbateurs endocriniens. »

Au Danemark, le Ministère de l’Environnement et de l’Alimentation a donc organisé plusieurs campagnes d’information (information campaigns), notamment à l’attention des femmes enceintes et des mères allaitantes, afin de les avertir de l’existence potentielle de produits chimiques et leur donner des conseils pratiques quant à la manière de réduire leur exposition dans leur vie quotidienne à des produits chimiques dangereux. Les femmes enceintes sont particulièrement ciblées, car c’est durant le développement du fœtus que les êtres humains sont les plus vulnérables lorsqu’exposés à des perturbateurs endocriniens. L’enfance et la puberté sont également des étapes critiques.

Action

Les consommateurs ont le droit de savoir, pensent également Ingrid Franzon et Rishab Khanna, les fondateurs de EnvirohealthMatters, une ONG suédoise qui se bat pour un environnement sain. Ils ont donc développé Toxxscan, en partenariat avec l’Institut Ramazzini et l’Alliance pour la Santé Naturelle. Toxxscan est une interface permettant de recueillir des données sur les risques chimiques connus touchant à la santé. L’interface relie les recherches objectives et génère un code couleur pour les produits du quotidien.

Non seulement la base de données permettra aux gens de protéger leur santé, mais également de favoriser les actions menées par les consommateurs. Rishab Khanna explique ainsi que « Le marché est en soi immoral. A partir du moment où, nous les consommateurs, nous avons établis ce que nous voulons, dans le cas présent, des produits sûrs et sans toxines, un marché pour cette demande va se développer. » Mais pour que cela arrive, les consommateurs ont besoin d’un outil comme Toxxscan.

Il existe déjà certains outils qui permettent aux consommateurs de s’informer et de faire des choix, comme le ToxFoxapp pour les cosmétiques, et une pétition Avaaz qui réclame l’arrêt de l’utilisation des perturbateurs endocriniens à l’intérieur de l’Union Européenne (voir la pièce jointe).

Pionniers

Mais pour arriver à faire évoluer la situation, tout le monde doit s’impliquer, y compris l’industrie. Toxxscan est donc également développé en tant qu’outil pour les producteurs, afin d’aider les petites et moyennes entreprises à remplacer les composants chimiques dangereux. Franzon explique « Nous pensons que les petites et moyennes entreprises ne veulent pas utiliser de substances dangereuses, mais manquent de ressources et de connaissances pour l’éviter. »

« Il est important que l’industrie s’engage sur le sujet » dit Ella Weggen, militante pour la santé globale chez Wemos, une ONG néerlandaise qui défend une politique de santé juste et cohérente et l’équité sanitaire mondiale, pendant une réunion. « Nous recherchons des entreprises avant-gardistes, qui annoncent explicitement qu’elles sont préoccupée par les perturbateurs endocriniens et excluent le plus possibles de leurs produits ceux qui sont connus. »

Outre les réglementations et l’implication des consommateurs et de l’industrie, il est important que des recherches soient faites sur le sujet. En effet, bien qu’il soit possible d’identifier (et donc d’éviter) les composants chimiques connus pour être dangereux, cela ne marche pas dans l’autre sens : si un composant chimique n’est pas connu comme dangereux, cela ne veut pas dire qu’il ne l’est pas, mais peut juste signifier que sa dangerosité n’a pas encore été identifiée.

En raison de cette incertitude pesant sur les substances simples, ou les mélanges de substances, il est problématique de créer une liste recommandant des produits sûrs. Le meilleur conseil qu’on peut donner aux consommateurs est donc, comme le remarque un expert, de limiter au maximum l’exposition aux composants chimiques en général.

Traduction par Marie-Louise Bautista et Manon Viallet