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L’extrémisme à la maison

Vendredi, 30. septembre 2016
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L’extrémisme à la maison

Ron Lawler

L’extrémisme est normalement associé à des idées ou à une idéologie, et il est souvent accompagné d’un comportement violent dans la poursuite de ces idées. Pour comprendre les causes à son origine et la façon de les aborder, je voudrais attirer votre attention sur un phénomène souvent ignoré.

La violence dans nos foyers contribue à un certain niveau de violence dans la société en général. L’intimidation et l’humiliation sont présentes dans un trop grand nombre de foyers. Il n’y a là pas de possibilité de blâmer ou d’accuser une autre race, une autre religion ou d’autres responsables de la société pour les abus commis envers des innocents. Ce ne sont pas « eux » qui sont les responsables mais « nous ».

En 2014, il y avait plus de 40 000 cas connus d’enfants maltraités ou négligés en Australie. Dans environ un tiers des cas, ces enfants avaient été maltraités physiquement.

Il est probable que de nombreux autres cas passent inaperçus et restent non détectés. Les conséquences n’en seront que plus amères. La haine engendre la haine et un nihilisme marqué par la haine de soi, le suicide et des vies vides de sens.

Dans nos efforts pour faire face au terrorisme, pouvons-nous donc prendre au sérieux la terreur silencieuse des enfants qui sont victimes ou témoins de maltraitance continue dans leurs propres familles ? Cela se produit là où ils devraient être le plus en sécurité, et à un moment de leurs vies où un attachement sain à leurs parents garantit un développement neurologique et émotionnel maximal.

En matière de maltraitance d’enfants et de violence domestique (inter-parentale), il est prouvé que les enfants victimes ou témoins de cette violence sont beaucoup plus susceptibles de devenir eux-mêmes violents, créant un cercle vicieux. 

D’autre part, les faits indiquent que le nombre d’enfants ayant vécu ces expériences et ne devenant pas eux-mêmes auteurs de violences est supérieur au nombre de ceux qui le deviennent. Ceci suggère que la capacité de résilience de l’enfant ou du parent maltraité mérite d’être étudiée afin de déterminer de quelle manière ils arrivent à surmonter ces traumatismes et à vivre des vies constructives.

Heureusement, la plupart d’entre nous ne sont pas soumis à ces situations extrêmes, ou en tout cas pas de manière continue. Cependant, nous pouvons tous jouer un rôle dans la création de familles et de communautés fournissant un environnement alternatif propice à une éducation équilibrée comme antidote à ces comportements extrêmes. Ceci exige notre engagement et une mise en pratique personnelle à la maison.

Nous pouvons aussi être plus vigilants et solidaires au-delà de nos propres foyers car, tel que nous l’avons dit, il faut toute une communauté pour élever un enfant. Nous pouvons être grands-parents, un oncle ou une tante, un ami de la famille ou un membre de la communauté.

La commission royale australienne d’enquête sur les réponses institutionnelles aux abus sexuels d’enfants a entendu un nombre incalculable d’histoires révélant l’échec des églises et des institutions gouvernementales à répondre de manière efficace aux allégations et aux abus sexuels commis par ceux auxquels avaient été confiés des enfants séparés de leurs parents biologiques et ayant quitté des foyers dangereux. Ces faits se sont produits pendant des décennies et ont souvent été associés à la protection des auteurs de ces abus par les responsables institutionnels, qui ont laissé lesdits auteurs dans des positions de confiance et de responsabilité envers les enfants. Ils étaient souvent déplacés vers d’autres lieux leur offrant d’autres opportunités de commettre des abus envers les enfants.

Par conséquent, tout en étant bien conscients de l’extrémisme politique et social dans une sphère plus large, soyons attentifs à la manière dont nous vivons dans nos familles et nos communautés, au cœur même de chaque société. Prendre soin de chacun de nos enfants, indépendamment de son groupe ethnique, religieux ou socio-économique, sans maltraitance ni négligence, est un critère essentiel de la valeur de notre civilisation.

Nous pouvons prévenir ou casser le cycle de haine et de vengeance se produisant dans un foyer et qui se reflète également dans nos espaces publics. Nous pouvons contribuer à un climat de compassion et d’inclusion, plutôt que de violence, d’intimidation ou d’exclusion.

Ron Lawler, ancien directeur de l’agence gouvernementale australienne pour la protection de l’enfance, 2005 - 2014

NB : Des individus de toutes cultures, nationalités, religions et croyances sont impliqués et actifs avec Initiatives et Changement. Ce texte représente le point de vue de l’auteur, pas nécessairement de toute l’organisation Initiatives et Changement.

Traduction par Marie-Louise Bautista