Toutes les actualités

Mohamed Sahnoun

Mohamed Sahnoun, 1931-2018

Lundi, 24. septembre 2018

 

C’est avec une immense tristesse que nous annonçons que l’Ambassadeur Mohamed Sahnoun, ancien Président d’Initiatives et Changement international, est décédé le 20 septembre 2018. 

Mohamed Sahnoun était choisi par deux Secrétaires généraux de l’ONU comme Représentant spécial pour certains des conflits les plus insolubles d’Afrique. Ils le connaissaient comme un homme qui avait une capacité remarquable de persuader les factions en guerre de se rencontrer et de dialoguer. 

Cela était partiellement le résultat de ses larges expériences comme diplomate. Il avait été le Secrétaire général adjoint de l’Organisation de l’Unité africaine et du Ligue arabe. Il a servi comme ambassadeur de l’Algérie en Allemagne, en France, aux Etats Unis, et au Maroc. 

Mais plus encore, c’était le résultat de son approche à la vie. Quand il était jeune homme, au cours de la lutte algérienne pour son indépendance de la France, il a été arrêté par les autorités françaises et sévèrement torturé. Mais lorsqu’il était diplomate il a établi un rapport chaleureux avec les dirigeants français. Comme il a dit plus tard, “Ma passion est de sauver les populations en danger de l’insécurité extrême de la guerre, la famine, la sécheresse, et le désastre”, et il a cherché à recruter tous ceux qui pouvaient l’aider dans cette tâche. 

Son approche a vraiment aidé à résoudre les tensions survenues à travers le continent africain, suite au processus de décolonisation. Son aide était recherchée pour des situations grandes et petites. Sa mission la plus satisfaisante, a-t-il dit, était la médiation de la transition de l’Afrique du Sud-ouest au nouveau pays du Namibie. Mais il s’est aussi occupé des innombrables endroits où villes et villages, divisés par les frontières coloniales en ligne droite, devaient être ajustés. Sahnoun était souvent la personne qui jouait le rôle de médiateur dans la recherche d’une solution.  

Le Secrétaire général de l’ONU, Boutros Ghali, avait choisi Sahnoun pour être son Représentant spécial en 1993 en Somalie, lorsqu’un grave conflit s’est déclenché dans le pays. Sahnoun a rapproché chaque camp, et une base pour résoudre le conflit commencer à émerger. Mais alors Bhoutros Ghali l’a dit que les Etats Unis voulaient intervenir militairement. Sahnoun a protesté de façon véhémente et, lorsqu'il était informé que la décision avait été faite, a résigné. L’intervention américaine était un désastre.  

Sahnoun cherchait toujours pour des moyens plus efficaces d’amener la paix. Il soutenait les initiatives du PNUD pour la “sécurité humaine”, qui se focalisaient sur la satisfaction des besoins vitaux des citoyens et surmontant ainsi l’insécurité. Il a conseillé l’UNESCO sur leur programme de la Culture de la paix et a conseillé Kofi Annan sur des problèmes d'environnement et de développement. Il était un membre de la Commission Brundtland.  

Il a servi comme co-président de la Commission international sur l’intervention et la souveraineté de l'Etat, laquelle Commission a développé le concept de la Responsabilité de protéger. “Mohamed avait une capacité extraordinaire de réunir les gens et de soigner les blessures”, a écrit son co-président, ancien ministre des affaires étrangères australiennes, Gareth Evans. “Il a joué un rôle indispensable dans la recherche du terrain commun entre le Nord et le Sud, ce qui a rendu possible la naissance de la Responsabilité de protéger. Nous nous souviendrons particulièrement de son pouvoir charmant de diffuser les tensions, la plupart du temps avec des paraboles africaines qui incluaient lions, singes, crocodiles, scorpions, ou encore chacun d’entre eux.”  

En 2008, avec Cornelio Sommaruga, ancien Président de la Comité internationale de la Croix rouge, a lancé le Caux Forum sur la Sécurité humaine. Comme il a dit dans un interview avec la Huffington Post, “L’idée est venue de mon impression de la profonde insécurité présente dans le monde d’aujourd’hui. L’insécurité nait de la peur. Nous devons chercher la racine qui est la cause de cette peur, et l’aborder avec beaucoup plus d’énergie et de cohésion.” 

Il a choisi Caux, le centre d’I&C en Suisse, pour être le lieu de réunion parce que “c’est un endroit où le dialogue interreligieux est profondément établi. J’ai entendu parler de Caux et du Réarmement moral [l’ancien nom d’Initiatives et Changement] de mes amis depuis de nombreuses années. Caux est un endroit sûr où les gens peuvent créer un climat de confiance.” 

Selon le regard Sahnoun, atteindre la sécurité humaine dépend du progrès dans cinq domaines, qu’il définissait comme étant la gouvernance juste, une économie inclusive, le dialogue interculturel, la durabilité environnemental, et la guérison de blessures historiques. “Tellement souvent les gens entendent la sécurité comme étant seulement la sécurité physique”, dit-il. “Mais la sécurité humaine fait référence aux fondements même de notre existence. Je mets l’accent particulièrement sur la guérison des mémoires blessées. En Algérie, l’Irlande du nord, les Balkans, et d’autres endroits qui ont vécu des périodes de longue souffrance et de violence, les sentiments sont si profondément enracinés qu’un effort spécial est nécessaire.” 

Le Caux Forum a rassemblé plusieurs centaines de personnes chaque année, des personnes qui ont exploré ces cinq domaines ensemble. Beaucoup d’initiatives en sont émergées. En l’Europe de l’Est il y a une nouvelle importance placée sur faire la lumière sur les blessures qui résultent de la guerre et le régime autoritaire, et les guérir. Et aujourd’hui Caux fait beaucoup pour amener l’importance de la restauration des terres à l’attention de la communauté internationale.  

Sahnoun a servi comme Président d’Initiatives et Changement international pour deux ans (2007-2008), et ses idées perspicaces ont aidé à former les programmes d’Initiatives et Changement à travers le monde. 

Lire plus sur Mohamed Sahnoun sur le site d’I&C Suisse.  

Regarder le discours d’ouverture de Mohamed Sahnoun au troisième Caux Forum pour la Sécurité humaine en 2010, et un interview avec lui en 2011. 

 

Imam & Pastor celebrating with M.Sahnoun during Foundation Chirac Award Ceremony for Conflict Prevention in La Sorbonne, Paris, 6th November 2009

Mohammed Sahnoun avec l’imam Ashafa et le pasteur James du Nigéria et Alan Channer, à la Fondation Chirac au cours de la Cérémonie de remise de prix pour la Prévention des conflits à la Sorbonne, Paris, 6 novembre 2009 

Photo par Mary Winstanley Channer