Ukraine : une leçon d'histoire pour le monde

Ukraine : une leçon d'histoire pour le monde

Jeudi, 18. février 2010
Author: 

Olka Hudz

Avec une longue histoire de luttes intestines, de mémoires blessées, d'oppression et de persécutions dues à la politique de russification menées par le régime soviétique, de nombreux Ukrainiens portent en eux un lourd héritage de haine, qui se transmet de génération en génération. Olka Hudz est une jeune femme déterminée à changer cette situation

Il y a six ans, jeune militante, Olka faisait partie des centaines de milliers d'Ukrainiens qui ont envahi Kiev, la capitale, durant la "Révolution orange". C'est à ce moment qu'elle a rencontré "Fondations pour la liberté", le programme d'Initiatives et Changement qui intervient dans plusieurs pays d'Europe centrale. Elle en est aujourd'hui la coordinatrice à Kiev.

La jeune génération d'Ukrainiens à laquelle j'appartiens porte, à côté de tout ce qu'il y a de noble et de grand dans notre histoire, un lourd héritage d'amertume.

Avec la disparition de la censure, nous découvrons les réalités de notre passé. Pratiquement toutes les familles ont été confrontées à une forme ou l'autre d'abus. Certains ont été arrêtés et clandestinement torturés et exécutés; d'autres ont été qualifiés "d'ennemis de la nation". De nombreuses familles originaires d'autres Républiques soviétiques ont été déplacées de force en Ukraine et, vice-versa, des familles ukrainiennes sont parties en Sibérie, dans l'Oural, au Kazakhstan. D'autres encore étaient interdits de parole et de publication dans leur propre langue. D'innombrables hommes et femmes soumis à ces pressions se sont conformés, sont devenus indifférents et ont perdu respect de soi et identité. Presque tout le monde a été trompé.

On mesure le poids de cette histoire douloureuse lors des jours fériés : certains font la fête et d'autres marquent un temps de deuil.

Des divisions semblables affaiblissent encore notre toute jeune démocratie lors de campagnes électorales durant lesquelles les opposants ne cessent de s'accuser mutuellement de fraude et de comportements immoraux.

Nouvelle amitié, nouvelle vision

Je nourris pourtant l'espoir que tout cela peut changer et que, des souffrances du passé, peuvent émerger de nouvelles relations et une compréhension mutuelle entre individus et entre groupes.

Mon espoir est né de ma rencontre avec Lena Kashakarova, une compatriote ukrainienne d'origine russe avec qui j'ai participé, en 2005-2006 en Inde, au programme d'I&C Action for Life. Nous étions les deux seuls Ukrainiens au sein d'un groupe international de cinquante jeunes. Comme c'est fréquemment le cas en Ukraine, nous venions, Lena et moi, d'origines ethnique et politique différentes : j'appartiens au camp nationaliste ukrainien et Lena est russe, originaire de Crimée, dans le sud de l'Ukraine.

Nous nous entendions bien lorsque nous nous donnions à notre tâche commune – comme notre travail auprès d'enfants pauvres – ou quand nous discutions d'éthique dans le monde de l'entreprise. Mais toute tentative de conversation sur le passé de l'Ukraine s'interrompait brutalement.

Les choses ont changé au cours d'un déjeuner, lorsque Lena a ouvert son cœur et m'a confié qu'elle regrettait ce que le camp des Russes avait fait aux Ukrainiens. Vivre en Inde dans une société multiculturelle, m'a-t-elle dit, et participer à un programme qui combinait action et réflexion lui avait donné le recul nécessaire pour comprendre ces choses et pour m'en parler.

Quel soulagement d'entendre ces paroles d'excuses! De mon côté, j'ai reconnu que mon attitude vis-à-vis des Russes était loin d'être pure, et je lui a présenté des excuses pour mon amertume et mon hostilité.

J'admets que ce n'est qu'un début. Nos relations sont encore en chantier ! Mais nous nous travaillons maintenant côte à côte dans l'organisation des programmes de "Fondations pour la Liberté" en Europe de l'Est et nous partageons le même appartement à Kiev.

Un programme à lancer

Cet été, nous avons l'intention de lancer un projet intitulé : "Action Ukraine 2010 – Guérir les blessures du passé". Un programme d'un mois et demi avec pour but de rapprocher et réconcilier les différentes factions en Ukraine, en nous appuyant sur l'exemple de nos expériences personnelles comme outils de changement.

Nous espérons rassembler une quinzaine de représentants des différents groupes ethniques, religieux et linguistiques d'Ukraine pour un programme intense : vie communautaire, déplacements à travers le pays, partage de nos histoires de vie, formation à la résolution des conflits et à la guérison des mémoires blessées, afin de nous engager sur la voie du changement personnel et du changement des autres. Nous espérons tourner un documentaire relatant nos expériences et donnant le témoignage de changements positifs et le présenter à une des sessions des rencontres internationales d'I&C à Caux.

A l'exception de quelques dons individuels, nous n'avons pas encore les finances nécessaires, mais j'ai confiance que cela viendra comme une bénédiction.

Notre histoire restera toujours sujette à interprétations. De toute façon, on ne peut pas faire la théorie de la réconciliation. Seul un partage honnête de ce qu'ont vécu les uns et les autres reste indiscutable et est à même d'ouvrir les yeux et de toucher les cœurs. Le pouvoir des excuses, on ne peut vraiment le mesurer que quand on a soi-même prononcé le mot : pardon.

On dit que ce sont ceux qui ont le plus souffert qui ont le plus à donner. Ne nous contentons pas de voir en face la réalité des moments sombres de nos vies personnelles et de la vie de nos pays, mais voyons quelles contributions nous pouvons faire pour le bien de l'humanité à partir de ce que nous avons appris.

N.B : Des individus de toutes cultures, nationalités, religions et croyances sont impliqués et actifs avec Initiatives et Changement. Ce texte représente le point de vue de l’auteur, pas nécessairement de toute l’organisation Initiatives et Changement