"Nous ne pouvons pas changer le monde sans nous changer nous-même"

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"Nous ne pouvons pas changer le monde sans nous changer nous-même"

Mardi, 5. août 2014

GrüssGott !

Je vous offre ces quelques minutes de réflexion en français à l’occasion de ces Rencontres de Dialogue sur la Terre et la Sécurité, dans lesquelles, que nous soyons des professionnels ou simplement des citoyens responsables, nous sommes tous engagés sur le chemin de la paix, notamment par la préservation de l’environnement et la réduction de la pauvreté,

Nous ne pouvons changer le monde – nous le répétons souvent à Caux – sans changer nousi-même. Le changement de soi-même peut souvent être semé d’embûches. Il faut de l’énergie, il faut de l’inspiration spirituelle et d’action individuelle avant de la rendre collective. Je vais débuter avec mon propre cheminement, qui commence à mes 18 ans.

J’avais invité mon groupe de scouts à participer à une retraite dans le Couvent de Subiaco, non loin de Rome, où Saint Benoît avait proclamé la Règle des Bénédictins ora et labora. Je les avais invités à ce que chacun  se fixe une règle – une devise – pour la vie.

La mienne fut SERVIR, DÈFENDRE LA DIGNITÈ HUMAINE, VIVRE EN ET POUR LA FAMILLE. Une trilogie qui m’est restée très chère jusqu’à ces jours.

Je commencerai par vous donner l’exemple de la famille : six enfants et seize petits enfants, ceci six ans après avoir fêté avec ma fidèle et chère épouse les noces d’or. Malgré mes nombreux voyages professionnels et mes absences parfois prolongées, mes enfants et mon épouse m’ont démontré leur affection et gratitude en me faisant cadeau, à mes soixante ans, de cette montre unique au monde avec les sept signatures. Ce qui ne la connaissent pas pourront venir plus tard la voir sur mon bras.

Saint Augustin avait écrit Avance sur ta route, car elle n’existe que par ta marche. C’est ce qui m’avait animé, lorsque j’étais Secrétaire d’Etat aux Affaires Economiques, à m’opposer pour des raisons écologiques  à une action envisagée par mon Gouvernement. Il s’agissait d’une garantie de l’Etat sur les risques à un investissement d’une entreprise suisse, appelée à construire une centrale thermoélectrique en Indonésie (dans le centre de Sumatra). Cette centrale qui aurait opéré au charbon, aurait pollué une région fortement habitée. Pour finir j’ai perdu la bataille. J’avais envisagé les démissions, mais je suis resté dans mon poste de responsabilité, après un dialogue avec le Tout-Puissant, selon les habitudes du quite time  (temps de silence) de Caux.

Pour ce qui est de la pauvreté, j’étais un jour tombé sur une déclaration de l’Abbé Pierre qui disait que toute société qui n’emploie pas ce qu’elle produit pour améliorer le sort des déshérités, mais à augmenter le bien-être de ceux qui sont déjà heureux, est condamné au déclin et à la mort. Ouvrez les yeux sur ce qui se passe ici même autour de vous : osez regarder et agissez ! Il y a ici un lien que nous devons faire entre la pauvreté et la saine et durable gestion des sols, car en toutes les cultures la terre est la base de la vie.

Paix et sécurité humaine ont influencé tout mon parcours professionnel. C’est directement lié à ma devise de défendre la dignité humaine. Du reste nos Rencontres de 2014 sont sous l’égide Explorer le facteur humain dans le changement global - Une approche fondée sur la personne. Mère Térésa nous avait laissé le message que c’est vrai que ce que nous réalisons n’est qu’une goutte d’eau par rapport à l’océan ; mais sans cette petite goutte il manquerait quelque chose à l’océan. Un passage du Grove Play donné à San Francisco en 1985 Intitulé SOLFERINO avait attiré mon attention. Il y était dit Un homme tout-seul, une voix si faible, et si mon coeur s’émoi, ne peux-je pas rejoindre les autres ?  C’est là ma place, un seul homme peut faire la différence ! C’est ce que dans ma devise j’appelle servir. Servir qui – demanderez-vous - : servir le Tout-Puissant en me souvenant aussi de l’affirmation d’un de mes prédécesseurs au CICR : le principe essentiel et décisif de la Croix-Rouge est l’idée de la responsabilité de l’être humain pour la souffrance.

Frank Buchmann nous a laissé le message que la Paix ce ne sont pas des paroles ou des phrases dans un traité, ce sont par contre des hommes et des femmes qui deviennent différents dans la vérité et dans l’intelligence humaine. C’est aussi ce que disait le Dallai Lama la Paix doit se développer sur la base de la confiance mutuelle. Travailler individuellement et collectivement pour l’amélioration de l’environnement et à la lutte contre la pauvreté, c’est travailler pour la paix. Mais combien d’énergie et d’imagination sont nécessaires, aussi parce que vous pouvez être confronté à des échecs, comme je le fus dans l’hôpital du CICR en Tchétchénie, où j’ai perdu dans une nuit cinq infirmières et un délégué, assassinés dans le sommeil. L’appui de la famille et le dialogue avec le Tout-Puissant sont essentiels en ces circonstances. Combien souvent j’ai récité la prière de Saint François qui dit Seigneur donne-moi la sérénité de supporter ce que je ne peux pas changer, le courage de changer ce que je peux et la sagesse de distinguer les unes des autres.

Laissez-moi conclure ces considérations avec l’Appel spirituel de Genève, rédigé avec toutes les confessions religieuses et la société civile internationale en 1999.

Parce que nos religions ou nos convictions personnelles ont en commun le respect de la dignité de la personne humaine, le refus de la haine et de la violence, l’espoir d’un monde meilleur et juste, nous demandons aux décideurs planétaires de respecter de manière absolue les préceptes suivants

  • ne pas invoquer une force religieuse ou spirituelle pour justifier la violence quelle qu’elle soit ;  
  • ne pas se référer à une force religieuse ou spirituelle pour justifier toute discrimination et exclusion ;
  • ne pas user de sa force, de sa capacité intellectuelle ou spirituelle, de sa richesse ou de son statut social pour exploiter ou dominer l’autre.

 

J’ai beaucoup pensé à cet appel lors de la discussion sur le film sur le Tchad.

Je vous ai parlé dans notre conférence Dialogue sur la Terre et la Sécurité de quelques valeurs comme environnement, sécurité et paix, qui me tiennent à cœur et qui m’ont donné la force spirituelle et l’énergie de continuer à m’engager, malgré beaucoup de revers et d’échecs.

Avec mon amitié et ma solidarité à vous tous !

 

Cornelio Sommaruga (Suisse) est président honoraire du Conseil d'administration de la Fondation pour l'avenir à Amman. Il est également le président honoraire du Centre International de Genève pour le déminage humanitaire ainsi que d'I&C International. Il a été président de la Fondation de CAUX-I&C de 2000 à 2004 et a été le président fondateur d'I&C International en 2002, un rôle qu'il a occupé jusqu'en 2006.

NB : Des individus de toutes cultures, nationalités, religions et croyances sont impliqués et actifs avec Initiatives et Changement. Ce texte représente le point de vue de l’auteur, pas nécessairement de toute l’organisation Initiatives et Changement.