Perspectifs sur la démocratie

From left to right: Daniel Bekele, Kurian Thomas, Rajmohan Gandhi and Dhanashri Shinde

Perspectifs sur la démocratie

Jeudi, 25. juin 2020

 

Début février, Initiatives et Changement Inde a animé une conférence internationale intitulée « Vers un monde humain », qui s’est concentré sur quatre thèmes importants : la démocratie, la durabilité, l’inclusion et la confiance. Il y a eu une journée dévouée à chaque thème, où l’on discutait et participait à des ateliers en communauté.

Chaque matin de la conférence, un panel de discussion composé d’un large éventail de perspectifs a présenté sur le thème du jour pour stimuler les esprits des participants. Rajmohan Gandhi a ouvert le panel sur la démocratie, et trois autres contributeurs ont donné voix à leurs idées et évaluations.

Dhanashri Shinde

Dhanashri Shinde, Cheffe du village Shindewadi, près de Panchgani

La première femme à être élue cheffe de son village nous parle d’engager hommes et femmes dans le développement du village. Shindewadi a gagné le prix du village le plus propre de la région.

Je suis la première femme à devenir cheffe de mon village. La loi indienne déclare que le chef du village doit être une femme au moins un an sur trois, et j’ai été élue.

Il a été difficile de persuader les hommes et femmes à travailler pour le développement [du village], mais nous avons fait du progrès sur la source de laquelle nous recevons notre eau, et sur la couverture des canaux d’eau pour garder l’eau propre. J’ai persuadé les femmes à participer aux réunions du conseil. Nous avons gagné le prix pour le village le plus propre.

Grampari nous a introduit à l’idée de prendre du temps en silence, et ceci m’ai aidé avec ma famille. Lorsque ma belle-mère m'a critiqué, j'ai vu où j'avais tort, je lui ai présenté des excuses et l'harmonie a été rétablie.

Si plus de femmes deviennent des leaders, notre pays avancera.  

Daniel Bekele

Daniel Bekele, Commissaire en chef, Commission des droits de l'homme, Éthiopie

Il a passé deux ans et demi en prison, de 2005 à 2007, en raison de son combat pour la démocratie et l'État de Droit en Éthiopie. Aujourd'hui, sous la direction d'un nouveau Premier ministre réformiste, il dirige la lutte pour les droits de l'homme dans le pays.

Comment faire de la démocratie une réalité face à une polarisation croissante ? En Éthiopie, nous avions un gouvernement autoritaire et abusif. Dans la lutte pour la démocratie et l'État de Droit, beaucoup ont été emprisonnés, beaucoup ont souffert, beaucoup sont morts. J'ai moi-même passé deux ans et demi en prison. Et la solidarité de la communauté internationale a été essentielle pour soutenir la lutte pour la démocratie et les droits de l'homme. Aujourd'hui, sous la direction du Premier ministre réformateur Abiy Ahmed, l'Éthiopie est sur le point de se transformer en une forme de gouvernement démocratique. Tous les prisonniers politiques sont libérés, le gouvernement a invité les dirigeants de l'opposition en exil à revenir en Éthiopie, il a fait la paix avec l'Érythrée et a supprimé les lois répressives, ouvrant ainsi la voie à une réforme démocratique. Le Premier ministre Abiy a reçu le prix Nobel de la paix pour sa contribution à la paix dans la région ainsi qu'aux réformes démocratiques en Éthiopie.

Mais cette expérience passionnante de démocratie est menacée par des élites et des hommes politiques qui exploitent les intérêts ethniques, incitant un groupe contre un autre. Au cœur de cette polarisation se trouvent la peur, la méfiance, la suspicion. Cela ne concerne pas seulement l'Éthiopie. Même dans les démocraties établies, nous voyons le clivage « eux et nous » manipulé par les politiciens blâmant « l'autre groupe ».

L'un de nos plus grands défis est de gagner le cœur et l'esprit des gens pour surmonter la méfiance et construire des ponts. Le travail d'I&C est essentiel pour relever ce défi. La transition démocratique est possible si nous poursuivons notre lutte pour un monde équitable.

 

Kurian Thomas

Kurian Thomas, Vice-président, Institut Fetzer, États-Unis

La mission de l'Institut Fetzer est d'aider à construire les bases spirituelles d'un monde d'amour.

Nous sommes dans une crise spirituelle profonde. Les gens sont insatisfaits de la démocratie parce qu'elle semble incapable de répondre de manière adéquate à des crises telles que le changement climatique. Nous pourrions arriver à un point où la démocratie est dans une spirale de mort et il n'y a pas de retour en arrière. Beaucoup comprennent la crise, et les think tanks dépensent des milliards de dollars pour réparer la démocratie. Mais comment la réparer ?

Il ne s'agit pas seulement d'une question morale. Des vertus telles que l'empathie et la bienveillance ont des limites. Nous avons besoin d'une réponse spirituelle car il n'y a pas de limite au spirituel, pas de frontières. Une force de liaison doit être construite à partir de l'amour et non de la peur. La peur veut que l'autre partie perde. L'amour dit qu'on ne gagne que si tout le monde gagne. Nous disons « j'aime l'Amérique », mais nous ne pouvons pas le dire sincèrement si nous ne disons pas que j'aime tous les Américains, sans exclure personne. C'est la réponse dont nous avons besoin pour réparer notre démocratie.