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Qu'est-ce qui se cache derrière les produits de tous les jours ?

Jeudi, 12. novembre 2015
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Qu'est-ce qui se cache derrière les produits de tous les jours ?

Dans la semaine précédant la Journée mondiale de l'alimentation, le 16 octobre, Initiatives et Changement Pays-Bas a organisé une série d'événements et de rencontres autour du thème de la sécurité alimentaire et des choix des consommateurs, face aux dilemmes moraux autour de la nourriture, des substances nocives et des médicaments génériques. Découvrez ce qui a été discuté. Lisez également le rapport spécial Dialogue on the risks of endocrine disrupting chemicals’ (Dialogue sur les risques d'exposition aux perturbateurs endocriniens).

Discussion during food week

Il n'y a rien d’aussi ordinaire que la nourriture, les crèmes et les pilules. Mais derrière nos salades et nos analgésiques à bas prix, notre crème solaire et les pâtes au micro-ondes, se cache toute une gamme de défis moraux, de produits chimiques qui menacent notre santé, celle des générations futures et celles d’agriculteurs indiens malades à cause de résidus chimiques dans leur terre.

Nous ne connaissons probablement pas la moitié des effets que notre mode de vie et nos choix de consommation ont sur nos l'environnement, nos vies, les travailleurs qui produisent notre nourriture et finalement les produits que nous achetons. Cela arrange sûrement certains… Et nous sommes parfois fatigués de connaitre tant de mauvaises choses pour réellement changer notre comportement.

Mais il y a aussi de bonnes nouvelles. Il y a des gens partout dans le monde prêts à relever les défis et à travailler pour un changement, que ce soit en tant que consommateur, activiste, fonctionnaire du gouvernement, salarié ou administrateur. Ils sont inventifs et persistants dans leur effort pour impliquer les parties concernées et, en dépit de la longue route devant eux, plein d'espoir et vigoureux.

Au cours de la semaine précédant le 16 octobre, Journée mondiale de l'alimentation, Initiatives et Changement Pays-Bas a réuni certaines de ces personnes qui travaillent dans le domaine de la sécurité alimentaire et la santé, afin de discuter des dilemmes moraux autour de la nourriture et d'autres produits de consommation courante, tels que les produits de soins et médicaments génériques.

La semaine a été organisée sous l‘égide du programme d’I&C international Confiance et intégrité dans l'économie mondiale (Trust and Integrity in the Global Economy). Ce programme vise à renforcer les motivations de prise en charge et d’engagement moral dans la vie et la pensée économiques.

L'objectif de la semaine était d'encourager la coopération internationale et de partager les connaissances sur les substances nocives, construire des ponts entre les différents partenaires dans le domaine de la sécurité alimentaire et l'action des consommateurs et de sensibiliser aux questions morales autour de la nourriture, la santé et la durabilité.

Parmi les intervenants, on peut citer la consultante en nutrition suédoise Ingrid Franzon, la militante écologiste indienne Rishab Khanna, les fondateurs de EnvirohealthMatters et Toxxscan, et la russe Tatiana Sokolova, coordinatrice internationale de la conférences TIGE, tous vivent et travaillent en Suède.

Au cours de la semaine, des réunions ont eu lieu avec des représentants de la santé néerlandais, des ONG environnementales, scientifiques, des représentants du gouvernement néerlandais et danois et un officier de la politique du Bureau de l'European Environmental de Bruxelles. Une soirée publique a également eu lieu lors de la Journée mondiale de l'alimentation au centre d'Initiatives et Changement à La Haye.

Des pilules qui coutent chères

Canal in IndiaUne des choses que les expériences partagées ont bien montré, c’est que si le changement ne vient pas d’une certaine façon, il y en a toujours d’autres pour le provoquer. L’histoire de la région polluée de Patancheru, présentée par Rishab Khanna, en est un exemple inspirant.

Patancheru, dans le sud de l’Inde, accueille un large regroupement de fabricants de médicaments génériques, qui constituent une part substantielle des médicaments génériques mondiaux. Mais comme Khanna explique, nos médicaments peu chers ont un coût élevé pour les habitants et les animaux de Patancheru.

Pendant les quelques dernières dizaines d’années, des milliers d’acres de terres, plus de 20 lacs et plus de 100 000 personnes ont été affectés par la pollution causée par les fabricants de médicaments. Non seulement elle affecte la santé des habitants, provoquant cancer, maladies cardio-respiratoires, mais elle a aussi un effet indirect sur les terrains voisins, qui sont devenus inutilisables pour l’agriculture et l’élevage tandis que les poissons meurent et que l’eau se pollue.

Pour mettre fin à cette pollution et réparer les dommages quand c’est possible, différents chemins sont suivis. Tout d’abord, il y a eu un essai de donner des moyens d’actions aux victimes, les agriculteurs et les pêcheurs, via les médias. Mais l’industrie pharmaceutique en Inde ne s’intéressait qu’à l’avis des entreprises occidentales qui achètent leurs médicaments. Donc, Khanna et d’autres activistes ont mis la Suède dans leur objectif, échangeant avec l’industrie, le gouvernement et des groupes de sécurité sociale, et en impliquant des chercheurs suédois.

Le résultat de cette action de cibler beaucoup de groupes différents est que maintenant les conseils de comté suédois ont ajouté la protection de l’environnement comme critère pour l’approvisionnement en médicaments et qu’il y aura bientôt des sections vertes dans les pharmacies. Les églises suédoises ont décidés de ne pas investir dans des compagnies pharmaceutiques qui ne soient pas vertes, ce qui a en retour inspiré la banque d’investissement Nordea pour changer sa politique.

Pendant ce temps, une voie légale est suivie pour améliorer la situation des fermiers et des pêcheurs en Inde. Le National Green Tribunal a statué que les compagnies pharmaceutiques doivent compenser pour la pollution causée jusqu’à 2002. Bientôt, un autre tribunal statuera sur un second cas, concernant la pollution des années suivant 2002.

En attendant, chaque consommateur peut contribuer à la solution à ces problèmes. Premièrement, en étant conscient de l’effet que notre style de vie a sur les autres. Khanna : « Le fait que nous utilisions de plus en plus de médicaments pour tout a un coût pour les pays de production ». Deuxièmement, en exigeant des médicaments sains qui ne causent pas de pollution ou qui ne nuisent pas aux gens.

Solitude

Ingrid Franzon talking about Toxxscan

Khanna et Franzon ont présenté un autre projet le Toxxscan service, avec une banque de données qui contient de l’information sur les substances toxiques dans les produits de consommation. Avec ce projet, ils ont ciblé les consommateurs, en les rendant conscients de leur droit de connaître le risque de produits chimiques notablement toxiques, et les entreprises, en les aidant à travailler vers la substitution des produits chimiques toxiques.

« Nous voulons travailler avec les entreprises, pas contre elles » dit Franzon à la soirée publique de la Journée Mondiale de l’Alimentation. Répondant à une question du public sur comment se faire des alliés et ne pas glisser dans un schéma de gentils et de méchants, Khanna ajoute qu’il est important d’identifier dans les organisations des personnes qui veulent changer.

« Comme il se peut qu’elles soient très seules dans une compagnie, il est important de montrer que vous voulez coopérer avec elles, pas les entraver. C’est une dure réalité pour tout le monde, pour les malades à cause des produits nocifs, mais aussi pour les employés qui doivent admettre qu’ils ne savent pas ce qui se trouve dans leurs produits ou à quel prix leurs produits sont fabriqués. »

Confiance

Discussion during food week

La question de la confiance a été un thème récurrent durant la semaine. Du point de vue d’un consommateur, il est quelque fois difficile de faire confiance aux entreprises même si elles disent avoir une politique environnementale, comme il a été mentionné pendant la soirée. Prenez l’exemple le plus récent du scandale Volkswagen, où Volkswagen avec son image digne de confiance s’est avéré avoir triché avec les émissions des ses véhicules. « A qui peut-on faire confiance ? » se sont demandé certains participants.

C’est précisément pourquoi dans le long terme il serait dans l’intérêt et des entreprises et des consommateurs que les entreprises partagent librement de l’information sur leur produits. Il est important que les entreprises elles-mêmes soient convaincues qu’il leur est bénéfique d’être honnêtes sur leurs produits, et pas seulement de réagir en fonction de la régulation. L’honnêteté devrait donc être récompensée.

Un participant : « Les entreprises ont besoin d’argent pour leur pérennité. Nous devons leur donner notre raison : si vous donnez quelque chose en lequel je n’ai pas confiance, je ne partage pas mon argent avec vous. Mais si vous êtes honnêtes, j’achèterai chez vous.» Si les affaires sont accomplies avec intégrité, la confiance est restaurée.

Irene de Pous

Traduction par Irene Gay et Maud Glorieux