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Réflexions sur le leadership

Jeudi, 2. juillet 2020

 

Nous avons demandé à des membres du Conseil International de donner leurs réflexions sur la question : « Que signifie le leadership éthique au 21ème siècle ? » Voici leurs réflexions, expériences et quelques lectures recommandées pour vous aider à explorer ce que signifie le leadership éthique dans votre propre vie.

Barry Hart (USA)

Barry Hart

Selon Parker Palmer, « [Un] leader est quelqu’un qui a le pouvoir de projeter l’ombre et la lumière » sur leur monde, le résultat étant « aussi lumineux que le paradis ou aussi sombre que l’enfer ». Mener à partir de la lumière implique [CL1] un leadership imprégné d’une pensée et d’une pratique morales et éthiques. Un tel leader honore la dignité des personnes qu’il sert, les engageant dans des voies constructives et réparatrices en participant à la restauration des relations et la construction de systèmes qui les soutient. Ce leadership se définit par l’impact psychologique et souvent spirituel qu’il a sur les autres, ainsi que par son interdépendance avec les autres leader-serviteurs et les personnes servies.

Nul leader ne « fait bien les choses » tout le temps, mais ceux qui tentent de diriger à partir de la lumière plutôt que de l'ombre sont généralement conscients des facteurs personnels et institutionnels qui remettent en question leur rôle de leader éthique. Cette prise de conscience est due à une pratique réflexive qui dépend d'un ensemble de valeurs et de principes sous-jacents tels que l'honnêteté, la transparence, l'intégrité et la croyance en une justice fondée sur l'équité. Le pouvoir personnel et institutionnel est également compris par un tel leader, considéré comme une force critique dont il ne faut pas abuser, mais qui doit être utilisée à bon escient.

Bien entendu, le leadership éthique est plus que les valeurs et les actions d'un leader, puisque le leadership est influencé par le contexte, les circonstances et l'histoire. Le leadership éthique implique donc une prise de conscience des circonstances contextuelles et souvent des réalités psycho-historiques des personnes servies. Des microsystèmes familiaux et communautaires aux grands systèmes sociaux, économiques et politiques, le leadership éthique s'efforce d'engager les gens d'une manière qui mène à un partenariat ; un partenariat qui donne à chacun un sentiment de sécurité, de dignité et d'équité, et la base nécessaire pour agir ensemble dans l'intérêt de tous.

Lecture recommandée :

Let your Life Speak de Parker Palmer, publié par Jossey-Bass

Leading with Dignity de Donna Hicks, publié par Yale University Press

Cecilia (Thembi) Silundika

Cecilia (Thembi) Silundika

La pandémie COVID-19 a mis à l'épreuve les leaders et les principes du leadership dans le monde entier. Elle nous a également appris les défis que pose le maintien de considérations éthiques dans la prise de décision. Par exemple, en raison de l’incertitude, les dirigeants ont dû faire des choix entre l'économie d’un côté et les vies humaines de l’autre. Une crise peut être une bonne occasion pour les leaders éthiques de vivre leurs valeurs, mais la pression qu'elle implique peut forcer les gens à perdre de vue des principes clés, surtout lorsqu'ils ressentent un fort sentiment d'obligation morale envers leurs parties prenantes. L'un de ces principes clés est l'humilité : l'idée de rester ouvert aux idées des autres.

Dans des moments comme celui-ci, les dirigeants doivent reconnaître qu'ils finiront par décevoir certaines de leurs parties prenantes, du moins parfois. Les chercheurs ont identifié le « stress moral » comme un état mental et émotionnel spécifique. Le stress et l'anxiété sont inévitables dans des périodes pleines de menaces et d'incertitudes. En comprenant et en anticipant ces pressions, les leaders peuvent être armés contre les pires effets. Il est important de prendre du recul et de regarder au-delà du moment de la crise.

Alors comment les dirigeants peuvent-ils rester inspirés et maintenir la résilience dont ils ont besoin pour faire face au et combattre le stress moral ? Il semble que l'un des moyens les plus efficaces soit d’être compassionnant envers soi-même. Comme toutes les formes de stress, le stress moral peut conduire à l'épuisement et à la fatigue. L'exercice, le repos et la méditation sont autant de moyens éprouvés pour vous aider à gérer le stress inévitable.

Lecture recommandée :

The Search for Ethics in Leadership, Business and Beyond de Joanne B Ciulla, publié par Springer Nature

Cookie Thief de Valerie Cox

Bill Hamilton (USA)

Bill Hamilton

« La plus dure tâche (d’un leader) est non de faire ce qui est juste, mais de savoir ce qui est juste. »

Cette déclaration simple incarne ma perspective de ce que signifie le leadership éthique, et trouve son origine dans les lignes finales du Discours sur l'état de l'Union en 1965, donné par le Président Lyndon Johnson. Il a donné ce discours aux Congrès des États-Unis lorsqu’il est entré en fonction après avoir gagné les élections de 1964, sur ses propres mérites, après avoir servi pendant 14 mois en tant que Président à la suite de l’assassinat de John F. Kennedy. Bien que Johnson ait servi beaucoup d’années au Congrès, il se disait maintenant tenir en admiration – et peut-être même être rendu humble par et se sentant mal équipé à gérer – le pouvoir et les responsabilités du rôle de Président : un leader national et mondial.

Tôt dans ma carrière dans les affaires publiques, j’ai toujours pensé que la meilleure forme de leadership était de résoudre les problèmes et de prendre les décisions de façon proactive, suivant toujours les conseils de la meilleure pratique, basés sur ce qu’on sait être vrai. L’étape concluante a été d’exécuter la décision aussi délibérément, rapidement et efficacement que possible ; souvent tout simplement pour conclure le côté technique – l’objectif d’un spécialiste en sciences sociales bien entrainé et bien intentionné.

Cependant, au fil du temps, je suis venu à croire que dans le cours des évènements et relations humains, les leaders sont le mieux servis lorsqu’ils s’engagent aussi dans une réflexion méditative, pratiquant l’introspection et la prière pour trouver le résultat juste. Les décisions peuvent avoir des conséquences d’une grande portée – non seulement parce qu’elles ont des impacts directs sur ceux qu’elles affectent, mais aussi par cause d’impact indirects. Je ne parle pas du proverbe des conséquences inattendues ou involontaires – je parle de la mission ultime de tous les leaders, y inclus les leaders-serviteurs, qui est de résoudre les problèmes avant qu’ils ne surviennent.

Pour un leader éthique du 21ème siècle, savoir ce qui est empiriquement vrai est toujours important, mais ce n’est pas suffisant. Savoir ce qui est juste n’est pas une tâche facile. Les personnes que nous servons s’attendent à ce qu’on sache toujours ce qui est juste, surtout pendant ces temps compliqués. Encourageons la prochaine génération de leaders à embrasser à la fois les défis et les récompenses de chercher en premier lieu ce qui est juste, avant de le réaliser, dans cet ordre-là.

Lecture recommandée :

Profiles in Courage de John F. Kennedy